exposition “masks 2021”

Depuis 1991, en fait bien avant, mon système immunitaire a dégringolé jusqu’au point où, de 2002 à 2006, j’ai dû porter un masque médical chaque fois que je sortais de chez moi. Sinon, j’attrapais sans arrêt toutes sortes d’infections. En plus, je souffrais de fibromyalgie (douleur chronique), d’hypersensibilité environnementale (d’intolérance à de multiples substances), et plus récemment, de colite ulcéreuse.

Porter un masque médical à l’époque était très inhabituel, alors des ami.es ont pensé que ça pourrait avoir un impact important si je transformais mes masques en œuvres d’art. Les médiums avec lesquels je travaillais étant toxiques pour moi, je déclinais le défi, mais je les invitais à la création d’une collection, qui fut exposée une première fois en 2004.

Après cette première édition, un grand nombre de masques m’ont été confiés, et les nombreuses conversations qui ont suivi ont engendré une réflexion sur ce qui émergeait en moi après avoir rendu public quelque chose de si douloureusement proche. Le résultat, une deuxième édition en 2009, lors de laquelle plus de 120 masques furent exposés, aux côtés de deux séries d’oeuvres personnelles, antidotes et bonheur.

La troisième édition, actuellement présentée, incorpore des éléments des expositions antérieures, de même que de nouveaux masques créés par 4 jeunes filles et une mère, qui ont aussi expérimenté le port masque, mais dans leur cas à cause de la pandémie; ainsi que deux autres nouvelles séries, transmission et portraits, une contemplation à propos de ce qui s’est passé durant cette période de 12 ans entre la deuxième et la troisième édition de masks

Plus que tout, d’avoir été transformé.e en grand-mère par trois petites-filles et en découlant, la nécessité de me questionner sur ce que je voulais leur transmettre: les enseignements et les pratiques acquis durant plus de trois décennies en tant qu’invalide, et autant d’années de recherche, de formation en trauma, énergie, guérison ancestrale, travail somatique. Sans oublier ma continuelle décolonisation.

Rétrospectivement, j’ai dû me demander pourquoi est-ce que je n’avais pas été complètement surprise quand le confinement avait été imposé en 2020?

Vivre avec une maladie liée à l’environnement m’a appris énormément sur la nature et les humains lorsqu’ils sont poussés hors de leurs limites, nos souffrances transformées en commodité pour un plus grand profit. Quand au lieu d’examiner les vérités profondes derrière ces manigances et de prendre les actions appropriées, des politiques et des décisions économiques dévastatrices, qui nous mettent toutes et chacun en danger, sont mises agressivement de l’avant.

Vivre avec une maladie liée à l’environnement m’a enseigné, sans relâche, l’importance de chérir toute relation. La Terre, l’autre et les divers corps, plus spécifiquement ceux de toutes ces femmes, enfants et trans racialisés, de même que mon incapacitisme, ma non-binarité, alors que nous avons été dépouillé.es de nos prise de parole et d’action depuis l’imposition du patriarcat, les ravages de la vision coloniale, les carnages du capitalisme. Alors que nous avons été continuellement traité.es comme des objets, à exploiter ou prétendument à protéger, et non pas comme les êtres/personnes bienveillant.es que nous sommes, qui prenons soin de nos communautés, de nos proches. Engagé.es corps et âme à co-créer des relations aimantes, signifiantes, réciproques. Sacrées.

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oeuvres 2021

portraits 2003 – 2020

  1. prémonition? – 2003
  2. mask séculaire – 2020
  3. mask sacré – 2020
  4. mask festif – 2021
  5. mask être – 2021
  6. mask devenir – 2020

transmission / vision intérieure 2020

  1. ville – masque Mario Beaudet
  2. tension/crise – masque Lorraine Pritchard
  3. et les enfants dans tout ça – masque Marie Cornellier
  4. réflexion/transformation 1 – citation Robin Wall Kimmerer
  5. joie – masque Michael Reinhart
  6. fleurir – masque Suzanne Hamel
  7. sans oublier les piquants – masque Marie Cornellier

transmission / intégration 2018 – 2021

  1. prier pour les arbres – Charlie et Lilou
  2. dans la rue – Marie Cornellier, Charlie et Lilou
  3. expérimenter les genres – Marie Cornellier, Charlie, Lilou et Marie-Claude
  4. avec les ancêtres – Lilou
  5. réflexion/transformation 2 – Lilou
  6. mettre en pratique – Lilou
  7. focus reconnexion/régénération


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créatrices/créateurs 2004 – 2021


© masks 2004 – 2009
mixte média sur masque médical blanc, 7 cm x 19.5 cm
Mario Beaudet, 2004, 2009
Liesbeth Bos, 2009
Elaheh (belle-fille de Liesbeth & mère de Nathaniel), 2009
Nathaniel (fils de Elaheh & petit-fils de Liesbeth), 2009
Katia Breton, 2004, 2009
Meredith Carruthers, 2009
Suzanne Chan, 2004, 2009
Esther Cimet Shojiet, 2009
Mari.e Cornellier, 2004, 2009
Suzanne Hamel, 2009
Renée Lévesque, 2009
Ann Milligan, 2009
Lori Hazine Poisson, 2009
Lorraine Pritchard, 2004, 2009
Michael Reinhart, 2004, 2009
Karen Trask, 2004, 2009
Patsy Van Roost (mère de Brel), 2004, 2009
Brel (fils de Patsy), 2004, 2009
Fred Ward, 2004, 2009
Burhan Zarhai, 2004, 2009
Marc (artiste de rue), 2009

© antidotes 2007
mixte média sur papier japonais, 13 cm
Mari.e Cornellier, 2009

© bonheur 2008
photo numérique, 20 cm x 30 cm
Mari.e Cornellier, 2009

© masks 2021
mixte média sur masque médical bleu, 9.5 cm x 14.5 cm
Lilou Cornellier (petite-fille de Mari.e), 8 ans
Lili Petrowski-Hanneman, 12 ans
Mila Petrowski-Hanneman, 9 ans
Victoria & Katrin Leblond (mère de Victoria), 8 ans

© masks 2021
mixte média sur masque médical blanc, 10 cm x 15 cm
Victoria & Katrin Leblond (mère de Victoria), 8 ans

© transmission 2021
photo numérique, 40 cm x 29.5 cm
Mari.e Cornellier

© portraits 2021
photo numérique, 29.5 cm x 40 cm
Mari.e Cornellier

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tous les post antérieurs concernant masks

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démarche

Je crée à partir de ce que j’ai, 3 maladies chroniques m’invalidant depuis 30 ans. Et non pas à partir de ce que je n’ai pas. la douleur ne me permettant plus le poids d’un appareil photo reflex numérique, j’utilise mon cellulaire du moment. De toute façon, je n’en ai plus les moyens, la maladie engouffrant des sommes extravagantes. comme elle limite aussi les heures devant un écran, j’apprends à accepter et à livrer les images numériques retouchées ou pas.

Le compromis que je ne ferai plus, c’est de ne pas créer.

Je n’ai jamais vraiment été photographe, mais je n’ai jamais cessé de documenter; l’intérieur, l’extérieur de mon quotidien, qui varient selon les époques et les saisons, la maladie et les guérisons, les pertes et les prises de conscience, mes proches et mes amours; comme de
mon isolation urbaine;
le chaos essoufflant, chamboulant et réjouissant de mes petites-filles;
ma décolonisation;
une conversation soutenue avec mes ancêtres;
mes ressourcements plus que salutaires sur le territoire Laurentien.

Les trésors récoltés sont utilisés tels quels, sinon comme références pour une création, poétique ou en 3 dimensions, ultérieure.

En fait, plus que tout je bricole. je ne cesse de bricoler, parce que je refuse toute contrainte qui deviendrait une limitation supplémentaire aux nombres incalculables avec lesquelles je vis déjà. Être incapacitée, c’est créer autrement. Surtout dans le respect de ce qui est;
de ce qui lie, nourrit mes sens, mes pratiques,
mon besoin de connexion, de communauté, de prendre soin
du Vivant, ce plus grand que nous;
de la Vie, celle qui inclut tous les êtres, humains et autres qu’humains.

mai 2021

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remerciement

Je remercie le Festival international du masque du Québec – Masq’alors, ainsi que Michel Bachelet, pour leur invitation à participer à l’édition de 2021. Ainsi que le p’tit bonheur de Saint-Camille où la troisième édition de masks est présentée.

Tous les détails concernant l’exposition ici et ici.

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© copyright

Tous les textes, oeuvres, images ©Mari.e Cornellier 2004 – 2021
à l’exception de certaines autres mentions.